Et pour quelques films de plus (mai 2012)

Je crois avoir mis le doigt sur le secret des productions Europacorp. Quand j’étais môme, avant de m’endormir, je jouais à me faire un film. J’en étais bien évidement le héros, mes amis les personnages secondaires, et le cadre variait selon mes influences du moment. Avec Star Trek, la science fiction, avec Mad Max 2, un monde post-apocalyptique, avec Conan, un royaume barbare. Je soupçonne Luc Besson de faire exactement la même chose. Pour l’histoire originale (rires) de Lock out, tout est parti d’une soirée vidéo entre amis. Au programme : New York 1997 et Los Angeles 2013 (son héros cynique et distancié s’appelle… Snow… et il doit sauver la fille du président), Piège de Cristal (le lieu clos, le héros seul contre tous) et Star Wars (l’assaut spatial contre la prison). Les dialogues sont lénifiants, les acteurs tous plus mauvais les uns que les autres (Ces derniers temps, Guy Pearce sabote sa carrière avec un entrain déconcertant) et le scénario est truffé d’incohérences. On en rigolerait si ça ne coûtait pas aussi cher…
Lock out
, de James Mather et Stephen St. Leger, France, 2012, avec Guy Pearce, Maggie Grace…

Attention, petite merveille! Tombé dans le limbes du « distribution Hell », c’est avec trois ans de retard – et grâce au succès interplanétaire d’Avengers, n’en doutons point – que l’excellent La cabane dans les bois de Drew Goddard débarque enfin sur les écrans. Écrit et produit par Joss Whedon, le film est une mise en abîme des codes du cinéma de genre, sauf que contrairement aux tentatives post-modernes récentes, le papa de Buffy ne prend jamais les spectateurs de haut, et ses personnages ont une vraie profondeur. Impossible d’en raconter plus, pas à cause du twist – Whedon et Goddard se chargent de l’éventer dès la première scène – mais parce que ce serait manquer de respect à ce film intelligent et original. Les aficionados auront le plaisir de retrouver des têtes connues, comme la toujours charmante Amy Acker (Angel, Dollhouse), ainsi que des thématiques déjà abordées dans Buffy contre les vampires comme l’impact des superstitions sur notre époque où la technologique laisse peu de place au folklore. Et bonne nouvelle, loin de tout tapage médiatique, cette production sans prétentions a rencontré son public.
La Cabane dans les bois
, de Drew Goddard, EU, 2009, avec Kristen Connolly, Chris Hemsworth, Fran Kranz, Bradley Whitford, Amy Acker…

Dire que j’attendais Cosmopolis avec impatience serait un doux euphémisme. Même si j’ai apprécié les trois derniers films de David Cronenberg – avec une mention spéciale pour A dangerous method – ce changement de direction inattendu m’avait un peu frustré. Tout ça manquait de chair et de défis cinématographiques à la hauteur de son talent. Avec dans ses bagages Le festin nu et Crash, adaptations jugées impossibles mais magnifiées par le réalisateur canadien, et avec une bande annonce déjantée, ce Cosmopolis était plein de promesses. Hélas, la déception fut amère. Je ne suis jamais rentré dans le film, au lieu de m’enivrer, les dialogues – repris mot pour mot du livre de DeLillo – m’ont assommé. Les fulgurances de la bande-annonce sont malheureusement les seules du film, à l’exception notable d’une scène érotique totalement barrée avec Emily Hampshire. Robert Pattinson est excellent, les décors et l’ambiance réussis, mais l’ensemble manque cruellement de consistance. Un comble pour le réalisateur de La mouche. J’ai passé la dernière demi-heure du film à regarder ma montre, alors que la veille j’aurais donné sans hésiter une livre de chair dans l’espoir de revivre les émotions que Crash m’avait procuré.
Cosmopolis, de David Cronenberg, Canada, 2012, avec Robert Pattinson, Sarah Gadon, Juliette Binoche, Mathieu Amalric…

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Moonrise Kingdom, de Wes Anderson

Coup de foudre à New Penzance

Il y a des films qu’on déteste et d’autre qui nous laissent indifférents. Il y a ceux qu’on voudrait aimer et ceux qui nous ouvrent les yeux sur le monde. Et au dessus de tout cela, il y a « ces films qui vous regardent grandir », comme les appelait le regretté Serge Daney. Moonrise Kingdom appartient sans conteste à cette dernière catégorie.
Une idée sous-tend l’ensemble du cinéma de Wes Anderson : le pouvoir de la singularité contre le conformisme de la société. Dans ses films, cette dernière est systématiquement ramenée à un modèle réduit, que ce soit la famille (La famille Tenenbaum, Fantastic Mr Fox), une école (Rushmore) ou un train (À bord du Darjeeling Limited). Dans Moonrise Kingdom, ce sont une multitude de micro-mondes qui vont se heurter aux aspirations des deux jeunes héros : la famille – on y revient toujours – de la jeune Suzy, enfant « difficile » que ses parents, un couple d’avocats au bord de la rupture (Bill Muray et Frances McDormand, parfaits) ne comprennent pas. Pour Sam, deux fois orphelin (ses parents sont décédés et sa famille d’accueil refuse qu’il revienne chez eux après l’été), c’est une troupe de scouts dirigée par le surprenant Edward Norton. L’aventure se déroule sur une île au large de la Nouvelle Angleterre, où un policier au regard triste, incarné avec beaucoup de justesse par l’impeccable Bruce Willis, représente sans trop y croire l’autorité. Comme dans chaque film du réalisateur, les gens jouent le rôle que la vie leur a donné avec résignation. Les parents de Suzy ne se parlent plus qu’en termes juridiques, et l’aventure extraconjugale que sa mère entretient avec le policier est d’une platitude affligeante. Au camp scout, les camarades de Sam le persécutent par principe, parce qu’il est différent, parce qu’il faut bien une tête de turc mais sans chercher à le connaître ou à le haïr plus que ça. Au milieu de ces microcosmes dépassionnés, Sam et Suzy refusent de se laisser écraser par le poids de la prédestination et préparent secrètement leur fuite depuis un an. Un beau jour, ils rassemblent leurs effets personnels et disparaissent, prenant tout le monde de court et amorçant une réaction en chaîne dont personne ne sortira indemne.
Du haut de leurs douze ans, ils se sont reconnus dès qu’ils se sont vus: deux âmes sœur rejetées par leurs entourages respectifs parce qu’ils ont soif de d’émotions, d’expériences, de changement. Il dessine, elle lit, il sait se débrouiller en pleine nature, elle est impitoyable lorsqu’on menace leur liberté. Et ils s’aiment, avec une innocence, une détermination et une telle intensité qu’ils vont finir par faire bouger les lignes. Petit à petit, les différentes communautés vont se rallier à leur cause et faire bloc contre les services sociaux – représentation ultime d’une société déshumanisée – qui veulent enfermer Sam dans un centre pour jeune délinquant. En sauvant l’enfant, chacun a la possibilité de redonner un sens à son existence.
Le scénario, particulièrement intelligent, n’oublie jamais qu’un conte comporte immanquablement une part de tragédie. Si les élans comiques du film, jouant sur le décalage et systématiquement empreints de mélancolie, sont essentiellement assurés par les personnages adultes, le parcours de Sam et Suzy est jonché de situations dramatiques. Et même si le spectateur comprend vite que tout finira forcément bien, ses nerfs seront mis à rude épreuve à plusieurs reprises. Autre idée brillante: faire un parallèle entre leur passion amoureuse et les incidents climatiques qui émaillent le long-métrage. La vie est une succession d’événements cataclysmiques, mais contrairement à ce qu’on pourrait penser, ils se révèlent souvent être une bonne chose. Une tempête, un torrent en crue et même un coup de foudre – quelle idée géniale ! –, ça fiche la trouille mais ça permet de ressentir, de grandir, d’avancer.
Moonrise Kingdom
est d’une telle richesse qu’il faudrait bien plus d’un simple article pour en faire le tour. Ce film est tout simplement magistral, et je croise les doigts pour que le jury de Nanni Moretti lui rende les honneur qui lui sont dû.
Moonrise Kingdon
, de Wes Anderson, EU, 2012. Avec Jared Gilman, Kara Hayward, Bruce Willis, Bill Murray, Frances McDormand, Edward Norton, Jason Schwartzman…

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Contrebande de Baltasar Kormakur

Naviguer à vue

Une très belle photo de Barry Ackroyd qui a beaucoup travaillé avec Ken Loach mais aussi sur des films comme Démineurs ou Green Zone, de longs passages nocturnes, l’histoire d’un contrebandier devant reprendre du service pour aider son neveu, des personnages agissants contre leur gré parce qu’ils sont ligotés par leur passé, le dilemme entre le rapport à la loi et le rapport à la famille, la présence de Mark Wahlberg, on pourrait se croire dans un film de James Gray avec cette volonté de transformer un petit polar en film noir crépusculaire ou s’entrecroisent des personnages au destin tragique.
Sauf que Baltasar Kormakur n’a pas la puissance nécessaire pour ce projet ambitieux, il est loin d’avoir la fluidité du cinéaste de La nuit nous appartient, il n’a pas non plus la précision et l’énergie des cinéastes de la trilogie Jason Bourne qui semble être l’autre modèle écrasant de Contrebande. Le cinéaste confond mise en scène et découpage forcené, aucun plan ne dure plus de dix secondes, même lors d’une simple conversation entre deux personnages dans un moment qui se voudrait calme, il ne peut s’empêcher d’ajouter des inserts sur les mains au classique champ contre champ, il abuse du zoom pour mettre de la tension, il essaie aussi de capter l’action avec une caméra à l’épaule virevoltante sauf que tous ces artifices pour créer du rythme utilisés sans discernement aplanissent tout, créent de l’ennui, essoufflent plutôt qu’ils ne donnent du souffle.
De même l’univers des docks, des entrepôts, le passage au panama, les scènes dans les machineries des bateaux pourraient être propices à construire une ambiance originale, poisseuse, claustrophobe, mais le cinéaste gâche tout, sa façon de filmer les zones portuaires en hélicoptère est assez symptomatique, il montre la majesté d’un lieu par des effets mais il est incapable de les faire vivre, il nous donne à voir mais nous empêche de ressentir.
Les acteurs font le boulot, et les enchevêtrements de l’intrigue permettent de trouver un certain plaisir aux différents rebondissements qui parsèment l’histoire mais l’hésitation de Baltasur Kormakur entre petit film nerveux et grand film ample le fait perdre sur ces deux tableaux et n’aboutit qu’à un film de consommation jetable et sans grand intérêt.
Contrebande (Contraband) de Baltasar Kormaktur, EU, 2012 avec Mark Wahlberg, Kate Beckinsale, Ben Foster…

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Nouveau départ de Cameron Crowe

On ne se débarrasse pas de moi comme ça

Avant de voir le film, on ne peut qu’être rebuté par une affiche hideuse, mais on lit les noms de Matt Damon et de Scarlett Johansson, ça éveille un minimum de curiosité.
On comprend très vite l’histoire très prévisible de ce film où un homme, Benjamin Mee, ayant perdu sa femme six mois auparavant, achète et rénove un zoo pour faire plaisir à ses deux enfants. On retrouve le rêve américain, la glorification de la petite entreprise étasunienne où avec de la volonté et de l’effort, on peut renverser des montagnes. Tout ce qui suit l’histoire de la rénovation de ce zoo n’a à priori aucun intérêt, ces travailleurs bourrus prêts à se sacrifier, par exemple, sont très clichés. Sinon l’herbe est très verte, les sourires nombreux, les dents très blanches, la lumière du soleil inonde l’écran, les animaux sont filmés comme dans un reportage animalier sur la cinquième. Si on rajoute à cela un adolescent taciturne dessinant pour cacher ses idées morbides, une petite fille ingénue et mignonne qui est difficilement supportable, quelques blagues sans intérêts, un manque de chair surprenant lorsqu’on a des acteurs comme Matt Damon et Scarlett Johansson, on a de nombreuses raisons de fuir.
Et pourtant quelque chose cloche, la machinerie hollywoodienne tourne bizarrement. Tout est trop. On a l’impression de nager dans un Éden biblique, et les références chrétiennes sont nombreuses jusqu’à cette promesse d’un déluge qui aurait pu tout emporter.
Le contenu manifeste du film montre un héros ayant une démarche volontariste, pour sortir d’un deuil, il suffirait d’être dans l’action, cet aspect de Benjamin Mee montré dans les premiers plans du film est contredit par un film plutôt lent où il ne se passe pas grand chose.
Pour avoir il suffirait de vouloir. Pour être heureux, il suffirait d’un nouveau départ comme tout l’entourage du héros semble le lui dire. Et pourtant ça résiste, le film est travaillé souterrainement par cette idée de deuil qui ne se résout pas si facilement que ça, pas si facilement que dans un film grand public. Un fils refuse ce rêve trop simple, continue à déprimer, et le héros ne veut pas laisser partir un tigre mourant et souffrant avec cette idée simple mais efficace du parallèle entre la mort de sa femme et celle de ce tigre, et on comprend alors que tout ce qu’on nous montrait était faux, les dents trop blanches, l’herbe trop verte, que le paradis promis n’existe pas, qu’il faut se coltiner l’humain et sa condition, la mort, la perte. Comme le dit à la fin du film le personnage joué par Elle Fanning (très bien et touchante dans sa relation avec l’adolescent joué par Colin Ford) disant au personnage interprété par Scarlett Johansson qu’elles préfèrent toutes les deux les humains aux animaux, sous-entendant qu’elles préfèrent la réalité aux rêves, que cette quête d’origine, de mysticisme est fausse.
Une autre idée forte du film est de ne pas montrer cette femme morte avant le dernier quart du film, et d’un coup, alors que le héros se remet à la regarder sur des photos, nous la voyons vivre, aimer, danser, et de la voir vibrer touche, surtout en réaction à l’univers de carte postale du reste du film, nous faisant voir tout ce qui était latent, caché, ce que signifie réellement la mort d’un proche, de même la dernière scène du film où le héros rejoue leur première rencontre est tout simplement bouleversante. Et franchement on ne s’attendait pas à être ainsi bouleversé devant ce qui apparaissait au départ comme un océan de mièvrerie.
Nouveau Départ (We bought a zoo) de Cameron Crowe, 2012, EU avec Matt Damon, Scarlett Johansson, Colin Ford, Elle Fanning…

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Twixt de Francis Ford Coppola

Ceux qui rêvent éveillés…*

C’est bien la première fois qu’un film de l’immense Francis Ford Coppola me laisse sur ma faim. Lorsque le générique envahit l’écran au bout d’à peine une heure et demi, la surprise cède rapidement le pas à la frustration, puis à la résignation. Une cruelle déception en regard des indéniables qualités de Twixt.
En prenant des raccourcis que les puristes me pardonneront, on peut ramener la carrière de Coppola à un drame en cinq actes typiquement américain. Ça commence vite et bien, le succès et la reconnaissance sont au rendez-vous et permettent au jeune prodige de fonde
r son propre studio loin des Majors hollywoodiennes. Plus dure sera la chute au début des années 80, symbolisée humainement par le tournage infernal d’Apocalypse Now et financièrement par les dettes colossales d’American Zoetrope. S’en suit une traversée du désert artistique jusque dans les années 90, où il est contraint d’accepter des films de commande afin de rembourser ses créanciers. En 1997, il décide de prendre sa retraite cinématographique et de se consacrer à son autre passion, le vin. Mais on ne change pas sa nature, et depuis le milieu des années 2000 le réalisateur amorce un retour aux affaires aussi inattendu que passionnant, avec trois films qui ont beaucoup en commun : un sujet personnel, un traitement expérimental, une économie de moyens – afin de garder un contrôle total et d’éviter de nouveaux déboires financiers – et des acteurs impliqués. Ce sont L’homme sans âge (2007), le formidable Tetro (2009) et ce déconcertant Twixt (2011).
Pourtant, ce dernier ne manque pas de fulgurances. La première séquence, des plans fixes soulignant l’étrangeté de la petite ville qui va servir de cadre au(x) récit(s), est tout simplement magistrale. La plus belle idée du film, c’est une horloge improbable dont les sept cadrans donnent chacun une heure différente, à l’image d’un scénario complexe, agencement d’histoires qui empruntent le même espace sans forcement avoir de liens logiques entre elles. Fil conducteur de ce récit protéiforme, Hall Baltimore – Val Kilmer, très bon – est un écrivain poussé par son entourage à enchaîner les romans de sorcellerie médiocres mais vendeurs au détriment de velléités artistiques plus personnelles – si ça vous rappelle quelqu’un… En pleine tournée promotionnelle, il décide de rester un moment dans cet étrange village au charme vénéneux afin d’écrire et de démêler les fils d’un passé douloureux qu’il noie consciencieusement dans l’alcool depuis trop longtemps.
Les séquences gothiques, voyages oniriques au cœur de la psyché du personnage, sont magnifiques. Au niveau de la forme déjà, avec l’utilisation du noir et blanc et de la technique de nuit américaine, quelques touches de couleur ajoutant une aura fantastique originale. Sur le fond, c’est l’arc narratif le plus intéressant du scénario ; le plus personnel aussi puisque le personnage et son créateur partagent le même drame humain et le même déchirement artistique. Un film dans le film qui aurait pu se suffire à lui-même.
Le problème de Twixt, c’est que Coppola ne porte pas le même intérêt aux autres segments de son récit qui renvoient en vrac à Stephen King, aux films d’horreur américains des années 70, à Twin Peaks, à Psychose , à la bit-lit et surtout à L’antre de la folie de John Carpenter. Pire, on sent poindre une touche de mépris dans la dernière partie du film, étonnamment bâclée et abrupte. Le spectateur se retrouve avec un arrière goût amer qui rompt le charme, même si le souvenir troublant de « V », vampire lunaire incarnée par une Elle Fanning inspirée, continuera à le hanter bien après la séance.

 * « Ceux qui rêvent éveillés ont conscience de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis ». Edgar Allan Poe

Twixt de Francis Ford Coppola, EU, 2012 avec Val Kilmer, Bruce Dern, Elle Fanning…

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Bellflower d’Evan Glodell

Des lumières dans la nuit

Bellflower a beaucoup de choses contre lui. Une mise en scène qui paraît volontairement maladroite, des plans cadrés à l’arrache, des faux raccords, des flous, des plans qui tremblent toujours un peu, des taches sur la caméra, une lumière parfois trop sombre qui fait qu’on distingue mal les visages, un montage qui paraît aléatoire, on sent l’intention que ça paraisse crade, mal fichu en adéquation à l’univers trash qu’il décrit, et on peut douter de la sincérité de cette mise en scène, on perçoit l’intention de faire indépendant et fauché, avec aussi cette musique pop qu’on retrouve aujourd’hui dans tous les films de ce genre. Mais quelque chose s’imprime, le cinéaste arrive à attraper des moments, des visages, des échanges, il sait faire sentir la mélancolie qui traverse tous les personnages. Car si le dispositif est malin, le regard qu’Evan Glodell porte sur ceux qu’il filme est aimant et délicat. Il ne juge jamais ces personnages paumés qui semblent inscrits nul part, qui ne pensent qu’à boire, à trainer, à se faire du mal ou à construire des lances flammes, tous les personnages sont touchants, parce que rien n’est souligné, ils sont juste là, ballotés mais très présents aidés en cela par des acteurs qui semblent vivre intensément devant nous .
Le film se perd en son milieu quand l’auteur semble commencer à vouloir nous dire quelque chose, et, alors que la première partie où il ne se passe rien d’autre qu’une rencontre amoureuse est prenante, excitante, la deuxième partie plus alambiquée, plus violente devient aussi plus ennuyeuse, comme si l’histoire qui part alors dans tous les sens annulait l’énergie de cette mise en scène heurtée. L’auteur semble vouloir dépasser son sujet mais par là même est moins intéressant surtout qu’il n’a pas tant de chose que ça à dire. Mais il reste le visage de Milly (Jessie Wiseman) dans une voiture, la caresse de Woodrow (Evan Glodell) sur le ventre de Courtney (Rebekah Brandes), l’amitié de Aiden (Tyler Dawson), le rire gêné de Woodrow, l’entrée dans une fête qui donne vraiment la sensation d’y être, des scènes d’amour d’une justesse émouvante, des flammes qui surgissent dans le ciel, une tristesse profonde en attente de l’apocalypse et c’est déjà beaucoup.
Bellflower d’Evan Glodell, EU, 2012 avec Evan Glodell, Jessie Wiseman, Tyler Dawson, Rebekah Brandes…

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Young adult de Jason Reitman

A la recherche du bon équilibre

Jason Reitman est le cinéaste qui a commis Juno, ce film tellement cool qu’il en devenant gluant, cachant son conformisme derrière une rébellion bon marchée. Son nouveau film n’était pas attendu sur En revenant du cinéma avec un grand enthousiasme. À l’univers coloré de Juno succéde la grisaille de Minneapolis et on comprend vite que le réalisateur a voulu changer, devenir adulte, qu’il a choisi un personnage dur, triste, une mise en scène qui se veut épurée avec un rythme lent et contemplatif, comme s’il voulait faire ce film contre son premier, comme si la guimauve de Juno lui collait aux doigts, ce qui prouve au moins une certaine lucidité. Ainsi ce personnage d’écrivaine paumée, retournant dans la ville où elle a grandi, se retrouvant face aux personnages cools qui auraient pu être les héros de Juno.
Jason Reitman donne l’impression de filmer contre ses personnages, entre les habitants d’une petite ville forcément ploucs, bêtement heureux, et cette écrivaine de la grande ville, narcissique et vide, qu’heureusement à aucun moment il ne cherche à sauver dans une fin réconciliatrice attendue mais qui ne vient pas. Le projet est intéressant mais n’est pas très sympathique, on sent un léger cynisme dans la distance qu’il met entre lui et ceux qu’il filme. L’histoire manque d’originalité, la mise en scène est plate, plan large pour isoler le personnage et mettre en avant sa solitude, gros plan sur les petits gestes pour montrer l’enfermement dans le quotidien, sinon il tourne caméra à l’épaule pour faire cinéma indépendant étasunien. Jason Reitman ne s’implique pas, il rend une copie scolaire. On sent qu’il voudrait s’approcher d’un Noah Baumbach (et par exemple du très beau Greenberg), d’une Sofia Coppola ou d’une Kelly Reichardt (celle de Wendy et Lucy), mais il est loin d’avoir la même force qu’eux au niveau mise en scène, ni d’avoir la même justesse dans le regard, il n’accompagne pas ceux qu’il filme, il les regarde de loin, de haut.
Seules les scènes entre l’héroïne Mavis et Matt (incarnés par Charlize Theron, impliquée et Patton Oswalt, très bien, vu entre autres dans la série United States of Tara, Jason Reitman a un certain talent dans la direction d’acteurs) montrent ce que l’auteur semble avoir voulu faire. Leur relation tient la route, leur mauvaise humeur touche, les ficelles sont déjà vues mais les acteurs permettent que ce qui se passe entre eux ne soit pas anecdotiques comme le reste du film.
Young adult de Jason Reitman, EU, 2012 avec Charlize Theron, Patton Oswalt, Patrick Wilson…

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Le blues du critique (épisode 2)

Une année de plus en moins

En réponse aux sollicitations acharnées de mes nombreu(ses)x fans, c’est avec une vive émotion et, avouons-le, une certaine fierté que je vous présente mon bilan cinématographique de l’année 2011. Oui, je sais, nous sommes le 19 mars, mais figurez-vous qu’entre les nécessités d’ordre économique et les activités chronophages, nos emplois du temps sont bien remplis. Par exemple, Baptiste anime un excellent blog consacré au roman noir – que vous trouverez ici. Pour ma part, je finalise un projet aussi ambitieux qu’anachronique. Tout ce que je peux vous dire dans l’immédiat, c’est que « ça » concernera le cinéma de genre et que « ça » devrait voir le jour dans le courant de l’année. Cette parenthèse auto-promotionnelle terminée, revenons à ce fameux bilan 2011.
Je rejoins le camarade Baptiste qui évoquait dans son article – que vous trouverez – une année particulièrement riche à l’image de la sélection Cannoise. Mention spéciale au cinéma français qui, et ce n’est pas si courant, a su rencontrer son public. Je me permets de rajouter à la liste de mon coreligionnaire le glacial L’exercice de l’état de Pierre Schöller que je vous conseille
de (re)voir, par exemple, le 21 avril en double programme avec Le candidat de Niels Arestrup. Et je ne dis pas ça pour décourager celles et ceux qui croiraient encore au cirque électoral. Mais je m’éloigne du sujet, et sans plus attendre je décachette l’enveloppe. Le prix du meilleur film de l’année 2011 est attribué à…
The tree of life
, de Terence Malick

Le jury, composé exclusivement de moi-même, a été unanime. En 1999, je pensais que la disparition de Stanley Kubrick allait entraîner celle du cinéma en tant qu’art majeur. Il restait bien Jean-Luc Godard, mais il avait tourné le dos à l’industrie depuis belle lurette, ce qui ne rend pas ses travaux moins indispensables. Je hisse courageusement le film de Malick au niveau de 2001, l’odyssée de l’espace dont il partage les interrogations philosophiques. Mais là ou Kubrick, avec sa froideur habituelle, explorait les méandres de l’humanité à travers son insignifiance à l’échelle de l’univers, la réflexion de Malick, plus introspective, s’articule autour de la nature, de la maternité et de la spiritualité.
Quoi qu’il en soit, Baptiste et moi avions tout faux. Cette année, il fallait jouer dans l’ordre Intouchable (15,7 millions d’entrées), Rien à déclarer (8,1 millions) et Harry Potter et les reliques de la mort – 2ème partie (6,5 millions). Au risque de paraître vulgaire, je me permets de vous rappeler que le cinéma est avant tout une histoire de gros sous.
Pour rester dans les remises de prix, attardons nous un instant sur le parcours étonnant de The artist de Michel Hazanavicius aux Oscars. Sans remettre en cause les réelles qualités du film, on peut s’interroger sur le succès retentissant de cette production française au pays de George Clooney… Déjà, l’Academy derrière la cérémonie ne représente que le cinéma « mainstream », et il est rare que les auteurs y soient reconnus1. A moins de générer des millions de dollars, comme James Cameron, et encore. La sélection 2012 montrait toutes les faiblesse d’une industrie incapable de se réinventer, noyée sous les adaptations académiques de best-sellers indigestes, les films mous aux castings prestigieux et les ex-auteurs fatigués qui n’ont plus grand chose d’intéressant à dire. The Artist, c’est une bande de frenchies un peu dingues qui re-visite amoureusement le passé glorieux des studios américains, alors que ces derniers semblent totalement incapables d’une telle démarche : ce n’est plus à Hollywood que l’on prend des risques, même si on devine à travers le palmarès que ça leur manque terriblement.
Pour terminer, un grand merci à Mathilde Seigner dont la prestation renversante d’imbécillité lors de la cérémonie des Césars2 illustre le vieil adage : « mieux vaut un mauvais film américain qu’un mauvais film français ». Les Oscars se contentent de couper le micro aux lauréats qui ont l’outrecuidance de dépasser leurs 45 secondes d’expression libre. A la place de Michel Blanc, je lui aurait balancé l’horrible compression en pleine poire, à cette gourde.

1 Notez par exemple que si Brad Pitt était nominé pour l’Oscar du meilleur acteur, ce n’était pas pour sa prestation remarquable dans The tree of life mais pour le plus anecdotique Le stratège, de Bennett Miller. En lice pour trois statuettes, le film de Terence Malick est évidement reparti bredouille…

2 Au moment de remettre le César du meilleur second rôle masculin à Michel Blanc pour sa prestation dans L’exercice de l’état, la dinde a demandé si il était possible de faire monter Joey Starr sur scène, parce qu’elle aurait préféré que ce soit lui qui ait le prix. Blanc a répondu par un trait d’humour de grande classe, proposant une garde alternée. Vous trouverez facilement cet extrait sur internet.

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Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin

Intérieur, extérieur

On suit Martha entre son entrée et sa vie dans une communauté sous l’emprise d’un gourou manipulateur et sa sortie de cette secte chez sa sœur et son beau-frère, couple friqué vivant au bord d’un lac.
C’est un film avec un dispositif simple, un montage parallèle entre le présent et passé avec un passage de l’un à l’autre qui fait parfois système mais l’ensemble reste fluide parcouru par une tension qui semble pouvoir exploser à tout moment.
On a peur du film à thèse sur le lavage de cerveau, le danger des sectes mais le cinéaste est plus subtil que ça. La grande maison de la sœur de l’héroïne et ses apparats bourgeois ont quelque chose d’étouffant et cette sœur qui essaie d’aider Martha à s’en sortir en l’habillant, la maquillant, ne cessant de lui dire qu’elle est belle, la chosifie comme la secte l’asservissait. Ainsi de nombreuses pistes sont ébauchées mais avec cette volonté d’être dans la retenue, de laisser de l’espace au spectateur. On peut s’en réjouir, le film n’est ni didactique ni écrasant mais ça masque aussi une certaine froideur, une mise à distance de l’émotion, une peur de se mouiller qui est parfois dommage tant les acteurs apportent une présence forte à leur personnage, de l’héroïne jouée par Elizabeth Olsen qui reste constamment troublante à cette sœur qui veut bien faire mais ne peut comprendre incarné avec beaucoup d’ambiguïté par Sarah Paulson. Du coup on assiste à un bel objet intrigant mais qui manque parfois de souffle, on aimerait que quelque chose fasse que le programme soit perturbé, que quelque chose dépasse le film, que ça déraille.
La mise en scène est élégante, de nombreux plans sont très beaux, ainsi ceux dans l’eau, la nature, celui où l’héroïne disparaît dans une verdure qui envahit l’écran, de même ces scènes où les membres de la communauté entrent par effraction dans des maisons en silence comme s’ils étaient des fantômes, impressionnent par leur étrangeté.
Les plans souvent fixes sans que cela devienne une posture, composés avec une beauté qui n’est pas ostentatoire, avec une lumière douce attentive aux visages, aux corps, aux vibrations participent à ce sentiment d’incertitude qui domine le film et perdurera après une fin surprenante et ouverte.
Martha Marcy May Marlene de Sean Durkin, EU, 2012 avec Elizabeth Olsen, Sarah Paulson, John Hawkes, Brady Corbet...

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Bullhead de Michael R.Roskam

On achève bien les bœufs

On est au début intrigué par cette histoire de maffieux qui trafiquent des hormones pour les bovins se passant dans la campagne flamande, ces gangsters qui se retrouvent au milieu des fermes, des vaches donnent une image inédite de l’agriculture. Assez vite cette histoire manque d’intensité mais, alors qu’on commence à s’ennuyer, le récit bifurque brusquement et de façon surprenante, le film isole un des personnages et devient alors le portrait d’un homme mêlé à ces trafics qui se shoote à la testostérone suite à un littéral cassage de couilles lorsqu’il était enfant.
En ce centrant sur le corps musclé de cet homme perdu au regard vide, le cinéaste emporte le morceau, grâce surtout au jeu de l’acteur Matthias Schoenaerts tout en nervosité, en tension retenue qui donne l’impression d’un homme pouvant exploser à tout moment.
On imagine que Michael R.Roskam semble vouloir dire quelque chose sur le côté animal de l’homme, le rapport entre la masculinité et la violence mais on ne peut pas dire que le cinéaste en fasse vraiment quelque chose à part une comparaison qui ne va pas très loin entre le personnage et les animaux dont il s’occupe, une sorte d’anthropomorphisme à l’envers.
La mise en scène est sans véritable personnalité avec quelques effets trop appuyés, comme cette musique envahissante qui surligne les moments de tension, quelques plans sont trop signifiants, se complaisent parfois dans la trivialité, des acteurs (hormis les trois principaux, Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, troublant et Jeanne Dandoy, qui incarne avec subtilité l’ambiguïté de son personnage) qui ne sont pas tous au niveau, quelques uns surjouant, mais aussi quelques plans assez beaux, surtout ceux qui s’attachent au personnage principal, à son corps qui semble en trop, qui ne semble pas trouver un espace à sa mesure comme sans cesse empêché, les plans de Jack Vanmarsenille dans son appartement, replié dans sa baignoire sont les plus touchants, et la scène finale dans un ascenseur est assez impressionnante.
Bullhead (Rundskop) de Michael R.Roskam, Belgique, 2012, avec Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy…

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La taupe de Thomas Alfredson

De la terre plein les yeux

Un réalisateur suédois, des financements allemands, britanniques, français, des acteurs anglais, une histoire qui traite d’espionnage au niveau européen. Quand on voit ce film, on se dit que l’Europe du cinéma est aussi motivante que l’Union Européenne pour un travailleur grec.
On a l’impression que le réalisateur ne sait pas quoi faire du scenario qu’on lui a donné, qu’il s’est dit que pour insuffler un peu de rythme, un peu de vie il fallait varier au maximum la grammaire cinématographique mais tous les choix qu’il fait sont mauvais ou n’ont pas de raison d’être et plutôt que de donner du mouvement à l’ensemble le fige dans un décorum ridicule. On image Thomas Alfredson se dire « bon là c’est chiant, si je faisais un plan large puis un plan rapproché pour créer de l’intérêt, ça ne marche pas, si je jouais sur la focale, c’est guère mieux, allez, je vais faire se succéder des zooms sur les visages pour créer de la tension et j’envoie de la musique, ça ressemble toujours à un vieux téléfilm des années 50, peut-être qu’en faisant un long travelling qui passerait au-dessus d’un bâtiment pour plonger dans la rue, ça sert à rien mais avec un peu de chance le spectateur trouvera ça jolie… » mais ça ne marche pas, chaque scène pèse une tonne, le montage est fait en dépit du bon sens, chaque acteur joue pour lui-même, il en est de même pour les techniciens, chaque personne ayant participé à ce film semble avoir travaillé seule dans son coin, rien ne circule, rien ne se passe.
L’idée devait être de jouer sur un habillage très british, feutré derrière lequel se cachent des jeux cruels, des manipulations variées mais ça ne fonctionne pas, ça se voudrait crépusculaire mais c’est surtout poussiéreux, surjoué, laid, déjà mort.
La mise en scène totalement aléatoire empêche de s’intéresser à l’histoire confuse, on ne comprend rien à rien, on finit rapidement par s’en foutre de ne rien comprendre et au bout d’une heure d’ennui où ma pensée partait vagabonder sur d’autres terrains, je n’ai pas réussi à aller au bout. Le plus grand mystère du film n’est pas de savoir qui est la taupe mais comment un cinéaste peut enchainer le troublant et prometteur Morse et ce film indigeste.
La taupe, (Tinker, Tailor, Soldier, Spy) de Thomas Alfredson, 2012, France, Allemagne, britannique avec Gary Oldman, Mark Strong, John Hurt…

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En secret de Maryam Keshavarz

La vie étouffée

Au cœur de ce film narrant la vie de jeunes femmes lesbiennes ne pouvant s’aimer librement dans l’Iran d’aujourd’hui, il y a quelques scènes très fortes et très simples, celles où les héroïnes se retrouvent avec deux amis homosexuels à doubler le film Harvey Milk de Gus Van Sant. On les voit de face, un casque sur les oreilles à essayer de trouver la voix juste pour doubler Sean Penn (trop viril puis trop folle), à mimer des scènes d’amour, la réalisatrice arrive alors à mêler le politique, l’humour, la sensualité simplement, sans artifice. On voit alors ce que le film aurait pu être, une ode à la chair et à la joie, on retrouve cela à d’autres moments, grâce à l’actrice principale Nikohl Boosheri qui porte ce film avec détermination et vivacité et son histoire d’amour impossible touche épisodiquement.
Il y a deux problèmes, le premier est que ce film se veut militant et s’il est intéressant de voir traiter le sujet de l’homosexualité face aux religieux, quand il s’agit de filmer l’autre, l’intégriste, le censeur, ça devient démonstratif, caricaturale déjà vu (cette idée du grand frère qui incarne la morale religieuse par exemple), l’acteur qui joue le frère Merhan (Reza Sixo Safai) en faisant des tonnes dans ce personnage torturé et frustré, se tournant vers la religion parce que ne s’assumant pas. Les scènes avec les autres membres de la famille, ces parents bourgeois progressistes sont plus nuancés mais l’intrigue principal déroule un programme prévisible et manque alors de respiration.
L’autre problème vient de la mise en scène, Maryam Keshavarz veut plaire et elle cède souvent à la joliesse, à l’image carte postale pour spectateur occidental. Pour faire moderne elle cède aussi aux plans inutilement compliqués comme ceux récurrents vu d’au-dessus des corps allongés avec la caméra qui tourne sur elle-même, de même les images de vidéo surveillances pour montrer que la société contrôle la population, c’est facile et loin d’être original. Plus gênante encore est la séquence où le frère intégriste de l’héroïne se drogue, regard caméra vacillant, fond rouge et musique dramatique qui rendent la scène insupportable de complaisance. Quand la cinéaste oublie qu’elle veut convaincre ou séduire, elle arrive à faire vivre son film et ses personnages, ça n’arrive pas assez souvent hélas !
En secret (circumstance) de Maryam Keshavarz, 2012, EU, Iran, avec Nikohl Boosheri, Sarah Kazemy, Reza Sixo Safai, Sohei Parsa…

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Take Shelter de Jeff Nichols

À l’abri de la tempête

Un homme dans une banlieue pavillonnaire étasunienne rêve de tornades, de violences et ses rêves contaminent son quotidien. Un film tendu qui tient sur peu de choses, sur une économie de moyen, sur une ambiance ténue. Il ne cherche pas la dramatisation, le spectaculaire, ça pourrait basculer dans la terreur, la violence avec une montée de l’angoisse parallèle au développement de ce qui ressemble à de la folie mais le cinéaste choisit d’être dans un en deçà de ce qu’on pourrait attendre. Il est très précis sur les détails et joue sur de petites choses, sur l’incapacité pour le héros de séparer ses rêves de la sensation de réel qu’ils provoquent, avec une tension sous-jacente qui éclate rarement. L’angoisse vient plus de voir le personnage construire son abri pour se protéger de la tempête, sur le soin qu’il y apporte que des cauchemars en amont, le film jouant habilement de ce qu’on voit dans l’espace du rêve et dans ce qui s’élabore dans le réel. Ce sont ces allers-retours qui rendent le film captivant et le cinéaste travaille son film pour créer une ambiance cotonneuse (les voix souvent douces, le rythme lent, des plans fixes aux lumières contrastées, une musique minérale) qui ajoute à cette impression que la frontière entre le rêve et la réalité devient poreuse pour le spectateur comme pour le personnage.
La puissance de la mise en scène en est aussi sa limite, certains plans impressionnent, le film est plastiquement d’une grande beauté avec des effets numériques saisissants, les acteurs sont tous bons (ce qui se passe entre les membres de cette famille est assez fort) pourtant l’ensemble n’emporte pas totalement. Les thèmes de Take Shelter, ce personnage hébété face à des choses qui le dépassent, ce travail sur le sentiment d’étrangeté rappellent le cinéma de Night Shyamalan, mais à la différence de Jeff Nichols, Shyamalan ne refuse pas le spectacle, l’émotion et nous transporte parfois plus loin, parce que même si ses films ne sont pas toujours aboutis, Shyamalan semble croire en ce qu’il filme, il donne l’impression de croire au surnaturel, aux fantômes ou aux super-héros, il n’a pas peur du ridicule, du spectaculaire, de l’émotion, et s’il rate parfois, s’il ne semble pas toujours savoir où il va comme dans les beaux et bizarres Signes ou La jeune fille de l’eau, il surprend plus souvent, ses films sont plus barrés donc plus humains et par là plus excitants, Shyamalan continue de voir le cinéma comme quelque chose de magique alors que dans le film de Nichols on sent les intentions, l’idée de mise en scène qui précède tel ou tel plan, on perçoit comment le film est construit, quels sont les enjeux, c’est un film intéressant, intelligent mais qui reste froid parce que trop maitrisé.
Take Shelter de Jeff Nichols, EU, 2011 avec Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart…

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Sherlock, une série britannique crée par Steven Moffat et Mark Gatiss

The game is afoot !

Ne nous y trompons pas, si les États-Unis sont à l’origine du renouveau des fictions télévisuelles à la fin des années 90, cet âge d’or et bel et bien révolu. Les séries innovantes sont à présent anglaises, et il suffit d’en comptabiliser les déclinaisons américaines  – The office, Shameless ou encore Life on Mars – pour s’en rendre compte. L’annonce d’une énième adaptation de Sherlock Holmes avait tout de même de quoi faire peur, surtout après la relecture hollywoodienne calamiteuse de Guy Ritchie. Mais le Sherlock produit par la BBC est une franche réussite : en transposant à notre époque les aventures du célèbre détective imaginé par Sir Arthur Conan Doyle en 1887, Steven Moffat et Mark Gatiss ont réussi à se concilier les bonnes grâces des amateurs de séries modernes et des holmésiens les plus intransigeants. Ce qui n’était pas gagné…

Jeremy Brett

Sans faire partie des irréductibles précités, Sherlock me posait un sérieux problème. Comment imaginer quelqu’un d’autre que l’immense Jeremy Brett dans la peau du célèbre détective ? Produite entre 1984 et 1994 par Michael Cox pour Granada Television, cette version avec laquelle j’ai grandi adaptait l’œuvre de Conan Doyle avec une fidélité exemplaire. Grâce au travail d’orfèvre du scénariste John Hawkesworth et à l’interprétation inspirée de Brett, elle est très vite devenue LA référence, balayant d’un coup les adaptations précédentes et rendant quasiment impossible toute tentative ultérieure.
Lorsqu’ils s’attellent au projet en 2009, les créateurs de Sherlock sont loin d’être des débutants. Ils ont travaillé sur la déclinaison moderne de la série Dr Who 1, et Moffat a remporté à peu près tout ce qui existe comme distinctions depuis le début de sa carrière de scénariste en 1988. Son dernier coup de maître, la mini-série Jeckyll, transposait déjà un (des) personnage(s) de la littérature classique anglaise à notre époque. Un concept novateur et diablement efficace, à condition de le dépasser en gardant à l’esprit que l’homme est avant tout le produit de son époque. Dans Sherlock, le détective utilise les technologies de communication à sa disposition, en particulier un smartphone dont il ne se sépare jamais. Les sms qu’il reçoit s’affichent en temps réel sur l’image, procédé également utilisé pour matérialiser ses déductions et qui infuse à la narration et au montage un dynamisme bienvenu.
Contrairement au personnage littéraire, Watson est célibataire et a le plus grand mal pour nouer des relations durables vu que soit les femmes pensent qu’il est en couple avec son illustre colocataire, soit ses tentatives ne survivent pas aux remarques acérées du détective. Il relate leurs aventures dans un blog qui leur permet également de trouver des clients. Les interprètes principaux, Benedict Cumberbatch et Martin Freeman, sont très bon et forment un duo attachant. Évidement, les clins-d’œil au canon holmésien 2 – et à la série de Granada – sont légion, et même si la modernisation des aventures a amenée les scénaristes à modifier certains éléments d’origine, on en retrouve systématiquement la trace sous une autre forme 3. De quoi gagner le respect du puriste tout en évitant de perdre le spectateur lambda en chemin.
Mais passer de la société victorienne qui s’appuyait sur un système de classes rigides à la notre où l’individualisme prédomine nécessitait d’ajuster la psychologie des personnages avec subtilité. Par exemple, si John Watson est toujours un médecin militaire ayant servi en Afghanistan, son retour à la vie civile ne se fait pas sans mal : dans le premier épisode, sa psychiatre est persuadée qu’il souffre du syndrome de stress post-traumatique et qu’il somatise – il s’aide d’une canne pour marcher. A l’époque de Conan Doyle, le comportement du détective pouvait passer inaperçu. Son équivalent moderne aurait par contre toutes les chances de finir dans un asile : Holmes est un surdoué à tendance autistique incapable d’accepter l’inactivité intellectuelle et de se plier aux rituels sociaux. Et cela le rend assez antipathique.

Benedict Cumberbatch

Si le prototype du héros victorien se distinguait par ce qu’il était, le héros contemporain s’extrait de la masse par ce qu’il fait. Holmes étant figé par nature, c’est Watson qui, dépassant son statut de simple faire-valoir, assurera la fonction d’identification pour le spectateur. Ainsi, à l’issue d’une course-poursuite mémorable, Holmes lui fait remarquer qu’il n’a pas eu besoin de sa canne. Drogué à l’action, ce n’est pas la guerre qui l’a traumatisé mais le retour à la vie civile. En acceptant sa nature aventureuse, il se hisse dans le cœur du public à la hauteur de son illustre compagnon. Mieux, il inverse les rôles en devenant pour ce dernier une  « béquille sociale » indispensable 4. En sa qualité de sociopathe, les seuls protagonistes que Holmes considère comme ses pairs sont des doubles déformés : son frère Mycroft qu’il tient à bonne distance, la troublante Irene Adler – une dominatrice qui joue avec les émotions comme Holmes utilise son intellect – et James Moriarty. L’ombre de ce magnifique adversaire plane sur l’ensemble de la série et leur ultime confrontation est grandiose. Plus que des opposés, ce sont des jumeaux ; non seulement dans leurs extraordinaires capacités intellectuelles mais aussi dans leur déconnexion sociale. Ce qui les différencie, c’est que Moriarty est irrémédiablement seul alors que Sherlock possède, même si il l’ignore, au moins trois points d’ancrage affectifs qui l’empêcheront de passer de l’autre côté du miroir. Sans déflorer la résolution de ce « dernier problème », sachez que c’est un sommet d’intelligence et d’émotion télévisuelles qui marquera les esprits.

Après deux premières saisons magistrales, on se demande comment la série va pouvoir rebondir et maintenir un tel niveau d’exigence. Quoi qu’il en soit, Sherlock est paradoxalement une bien meilleure adaptation de l’univers crée par Conan Doyle que la franchise cinématographique américaine. Même si cette dernière en conserve le cadre victorien, elle s’éloigne immanquablement de l’original en dénaturant les personnages et les techniques de déduction du célèbre détective.
Pour finir, un immense coup de gueule contre l’éditeur vidéo de la première saison. En ne proposant que la VF, France Télévision commet un véritable sacrilège, obligeant le téléspectateur exigeant à se tourner vers le piratage afin de profiter pleinement des subtilités d’une VO indispensable 5.

Sherlock, une série britannique crée par Steven Moffat et Mark Gatiss (Deux saisons de trois téléfilms, toujours en production), avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman.

1 Steven Moffat a d’ailleurs été promu coordinateur des scénaristes et producteur exécutif en 2009.
2
On appelle ainsi l’ensemble des quatre romans et cinquante-six nouvelles mettant en scène le personnage de Sherlock Holmes écrites par son créateur, Sir Arthur Conan Doyle.
3
Par exemple, dans la seconde saison, Baskerville ne désigne plus le titre de noblesse d’un protagoniste mais un laboratoire de recherche top secret, et si la confrontation finale entre Moriarty et Holmes a lieu au sommet d’un immeuble, les Chutes du Reichenbach qui servaient de cadre à l’affrontement des deux hommes dans la nouvelle originale sont tout de même présentes dans l’épisode, sous la forme d’un tableau retrouvé par le détective.
4
On retrouve d’ailleurs une mécanique similaire entre les personnage de Sheldon et Leonard dans la très bonne sitcom américaine The big bang theory.
5
Les éditions anglaises et américaines ne proposent malheureusement que des sous-titres anglais, particulièrement difficiles à suivre étant donné le rythme soutenu de la série.

 

 

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Le Festival des Maudits Films

Ah, janvier ! Les présidentiables candidatent, les paquebots longent les côtes d’un peu trop près et le cinéphile s’ennuie ferme. Cannes est déjà loin, et ce ne sont pas les Oscars qui vont le sortir de sa torpeur hivernale. Il préférera peut-être écumer un festival local, histoire de se requinquer. A Grenoble, on a du lourd avec le festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez (ouf !). Celui-là, le monde entier nous l’envie : un cadre magnifique, la présence de stars incontournables comme Franck Dubosc ou Michael Youn, des avants-premières en pagaille, des paillettes, du bling-bling, de la bonne humeur, une couverture médiatique indécente et même… la possibilité de croiser Michel Drucker en bas des pistes! Alléchant, non? Non…? Vous êtes sûr?! Je vois que mon lectorat a du goût, alors parlons plutôt d’un rendez-vous éminemment plus sympathique, le Festival des Maudits Films. Amateur(trice) éclairé(e) ou simple curieu(se)x, il y avait de quoi faire pour cette quatrième édition : du cinéma qui tâche, qui bouscule, qui rebute, qui étonne mais qui ne laisse jamais le spectateur indifférent. Florilège…

Jean Rollin

Excellente idée d’ouvrir le bal avec une soirée hommage à Jean Rollin, peut-être le seul réalisateur français ayant oeuvré dans le fantastique tout au long de sa carrière. Inlassablement vilipendé par la critique qui pense, il aura fallu quelques doux dingues comme Jean-Pierre Dionnet pour pointer les indéniables qualités de son cinéma et le sortir de l’indifférence générale. Comble de l’ironie et douce revanche, il eut même droit à une soirée spéciale à la sacro-sainte Cinémathèque Française en 2009. C’est sur le tournage de son dernier film, quelques mois à peine avant sa mort, que Damien Dupont et Yvan Pierre-Kaiser ont pu interviewer le réalisateur à loisir. Ils décidèrent d’en faire un documentaire et recueillirent les témoignages éclairés de ses acteurs fidèles, de Philippe Druillet, Jean-Pierre Bouyxou, de critiques français et étrangers. Que cela a dû être difficile de faire tenir 50 ans de carrière et près de 400 heures de rushs dans les 1h30 de Jean Rollin, le rêveur égaré ! Mais les familiers de l’auteur du Viol du vampire seront d’accord, le pari est réussit. En fin de projection, juste avant la diffusion du film Les démoniaques (1974), en 35mm s’il vous plaît, nous avons eu la chance de pouvoir bavarder avec les réalisateurs du documentaire et avec Simone Rollin, qui replaça savoureusement la légende dans une réalité plus terre à terre : pendant les périodes de dèche de son mari, c’est elle qui faisait bouillir la marmite avec son salaire d’enseignante.

Last Caress, de F. Gaillard et C. Robin

On peut s’étonner qu’un festival amoureux de la pellicule organise plusieurs séances autour d’un éditeur de DVD. Ce serait méconnaître la réalité commerciale du cinéma de genre. Principal pourvoyeur des cinémas de quartiers jusqu’au milieu des années 70, il peine de nos jours à attirer du monde en salle. Le « grand public » en quête de frissons préfère malheureusement plébisciter des franchises éculées comme Saw, ou ces films « minimalistes » à la Paranormal Activity – comprendre « qui n’ont pas coûté un rond mais vont en rapporter un maximum ». Et si quelques pépites parviennent tout de même jusqu’aux salles obscures, c’est avec une visibilité des plus réduite. L’amateur est obligé se tourner vers le marché de la vidéo qui, en plus de proposer pas mal de classiques, assure la sortie des nouveautés américaines et asiatiques. Mais c’est un marché en crise et après quelques déconvenues, les gros éditeurs français ne prennent quasiment plus de risques commerciaux. Heureusement, des micro-éditeurs comme Le Chat qui Fume sont là, toujours à l’affût de pelloches improbables et/ou injustement oubliées. Les « maudits festivaliers » que nous sommes ont ainsi pu découvrir l’excellent La brune et moi, film quasi-documentaire réalisé en 1980 par Philippe Puicouyoul autour de la vague punk-rock parisienne, ou le totalement déjanté Forbidden zone, sorte d’Alice aux pays des merveilles sous acide concocté par Richard Elfman et mis en musique par son frère Danny, période Oingo Boingo. Mais l’implication du Chat va plus loin : les bénéfices générés par la société 1 sont ré-injectées dans des productions locales qui, malgré – ou peut-être grâce à ? – leur budgets dérisoires proposent un cinéma sacrément jubilatoire. Ainsi, après avoir distribué leur Blackaria dans une belle édition DVD, l’éditeur a investit dans le dernier film de Christophe Robin et François Gaillard 2, Last Caress. Loin des trip égocentriques ou des hommages foireux « à la Tanrantino » qui rabaissent habituellement les productions amateurs, les deux réalisateurs montpelliérains nous proposent une petite virée du côté du giallo, ce sous-genre extrêmement codifié du cinéma d’exploitation italien créé par Mario Bava dans les années 60 et popularisé par Dario Argento dans les années 70. De belles bourgeoises peu avares de leurs charmes et leurs compagnons qui ne pensent qu’à ça se font massacrer à l’arme blanche par un tueur énigmatique, le tout dans une atmosphère fantastique très réussie. Si certains acteurs sont limites et si plusieurs scènes dialoguées pâtissent du manque de moyen, la photographie – assurée par la troublante Anna Naigeon, qui joue également dans le film – et les scènes de mise à mort font preuve une maîtrise et une virtuosité digne d’une production professionnelle. Sauf que Last Caress n’a coûté que 12.000 euros. Chapeau bas, messieurs.

Pendant cinq jours, nous avons eu droit à des séries B oscillant entre le chef d’œuvre – L’homme léopard de Jacques Tourneur – et le nanar sympathique – Le rayon invisible de Lambert Hillyer –, une soirée Grindhouse, une compétition de courts-métrages, l’inénarrable Retour de Flesh Gordon de Howard Ziehm et une réhabilitation convaincante des Charlots contre Dracula en présence de son réalisateur. J’en passe et des meilleurs. Un grand bravo à l’équipe du festival, réduite mais passionnée, qui nous a concocté cette programmation éclectique et sacrement jouissive. A noter qu’à l’Alpe d’Huez, le grand prix est allé à Radiostars, avec l’incontournable Clovis Cornillac. Le public des Maudits Films a lui plébiscité L’attaque du monstre géant suceur de cerveaux de l’espace

 Le site du Festival des Maudits Films et celui de l’éditeur Le Chat qui fume

1 Ses deux créateurs ont un boulot à côté.

2 Vous pouvez découvrir gratuitement Die die, my darling, un court-métrage du sieur Gaillard en solo sur le site du Chat qui fume. N’hésitez-pas à faire un don, ça le mérite même si le réalisateur semble beaucoup moins à l’aise avec les scènes d’action qu’avec les mises à mort giallesques de ses deux longs.

 

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