Argo de Ben Affleck

« Argo fuck yourself » 1

Téhéran, novembre 1979. Des révolutionnaires iraniens envahissent l’ambassade américaine et prennent son personnel en otage. Six américains parviennent toutefois à s’enfuir discrètement et trouvent refuge chez l’ambassadeur canadien. Devant l’imminence de leur capture, l’agent de la CIA Tony Mendez propose un plan abracadabrantesque pour leur faire quitter le pays : les faire passer pour une équipe de tournage canadienne venue en Iran pour des repérages. Autant le dire tout de suite, la troisième réalisation de l’acteur Ben Affleck ne m’a pas convaincu. Alors que Gone Baby gone (2007) et The Town (2010) avaient de solides arguments, Argo se révèle inégal et somme toute un peu vain.
Acteur souvent décrié, Ben Affleck a surpris pas mal de monde en passant derrière la caméra. Il est vrai que de Armageddon à Daredevil en passant par inénarrable Pearl Harbor, sa filmographie renferme un nombre impressionnant de nanars de luxe dont les profits inégaux ont bien failli lui coûter sa carrière. Mais en creusant un peu on trouve tout de même des choses intéressantes, comme sa fidélité au trublion Kevin Smith qui lui offrit son meilleur rôle (Chasing Amy, 1997) et eut la bonne idée de lui présenter un certain Gus Van Sant. Ce dernier mis en image l’histoire qu’il avait imaginé avec son ami Matt Damon et leur offrit l’Oscar du meilleur scénario pour Will Hunting (1997). Suivant les traces de George Clooney, il se lance dans la réalisation dix ans plus tard avec de belles intentions, parfois empruntes de maladresse mais toujours sincères. Enfin, jusqu’à aujourd’hui…
Argo
a deux choses pour lui : l’idée que le cinéma puisse venir au secours de la réalité, car il ne s’agit pas d’une invention de scénariste mais bel et bien d’une histoire vraie, déclassifiée depuis la fin des années 90. L’achat d’un vrai scénario de SF dans la lignée de Star Wars (1977), le portage du faux-projet par un maquilleur et un producteur à la retraite, la location d’un bureau, la publicité dans Variety et même la soirée avec lecture du script, tout est rigoureusement authentique. Une idée jubilatoire et pleine de promesses qui va très vite passer au second plan. L’autre réussite indéniable du long-métrage, c’est sa première partie montrant la prise de l’ambassade et la réaction de Washington. Que ce soit la mise en scène, la montée de la tension, la violence de l’assaut et le rythme des discussions, c’est impressionnant de maîtrise.
Mais en endossant le costume de Tony Mendez, Affleck commet une erreur qu’il avait eut l’intelligence d’éviter dans ses deux premiers films : en n’apparaissant pas dans Gone Baby Gone – c’est son frère Casey qui y interprétait le rôle principal – et en faisant la part belle au personnage de Jeremy Renner, sorte de double maléfique, dans The Town. Ici, l’acteur porte sur ses seules épaules l’intégralité des enjeux de l’histoire. Les autres personnages sont réduits au rang de faire-valoir, malgré un casting impeccable. Et surtout, ça ne fonctionne pas. Il manque à l’agent de la CIA une épaisseur et une humanité qui interdisent toute empathie de la part du spectateur. Et ce ne sont pas ses difficultés familiales – à peine esquissées d’ailleurs – qui y changeront quoi que ce soit. Le personnage est tellement vide que ses doutes sonnent creux et nous éloignent un peu plus du film. A l’ouverture magistrale évoquée plus haut succède un enchaînement de séquences aussi attendues que mal filmées. Le suspens est maintenu artificiellement avec des procédés qui feraient rougir un scénariste de Julie Lescaut, comme lorsque les gardes de l’aéroport courent après un avion de ligne alors qu’il leur aurait suffit de téléphoner à la tour de contrôle pour en interdire le décollage. J’en passe, et des meilleurs…
Toutefois, n’enterrons pas la carrière de réalisateur de l’ami Ben. Argo prouve une fois encore qu’une bonne idée ne suffit pas à faire un bon film. Considérons qu’il s’agit d’un simple faux pas, et attendons la suite avec bienveillance. Et puis ça sera toujours mieux que le prochain Michael Youn, vous pouvez me croire – j’ai découvert l’affiche de son Vive la France il y a quelques jours et j’ai failli en régurgiter mon foie gras…

1 C’est ce que répond le producteur du faux film (Alan Arkin) à un journaliste zélé qui le harcèle pour avoir des informations.

Argo de Ben Affleck, EU, 2012, avec Ben Affleck, Brian Cranston, John Goodman…

 

3 commentaires

  1. J’ai trouvé ça soigné, efficace et plutôt prenant.

  2. D’accord avec l’article. Ben Affleck manque cruellement de profondeur.
    Ce qui est génial dans ce film, c’est surtout l’histoire vraie dont il est inspiré.

    • Entendons-nous bien, j’aime énormément Ben Affleck devant et surtout derrière la caméra! Ses autres réalisations sont excellentes, et je trouve dommage qu’il commence à être reconnu avec ce film-là qui est pour moi un cran en dessous des deux autres. Gone Baby Gone, malgré toutes les maladresses de débutant qu’il pouvait contenir, était d’une belle complexité morale alors que le scénario d’Argo ne se pose jamais ce genre de question : tout y est tristement prévisible, depuis l’intrigue jusqu’au comportement des personnages.

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