Le Festival des Maudits Films

Ah, janvier ! Les présidentiables candidatent, les paquebots longent les côtes d’un peu trop près et le cinéphile s’ennuie ferme. Cannes est déjà loin, et ce ne sont pas les Oscars qui vont le sortir de sa torpeur hivernale. Il préférera peut-être écumer un festival local, histoire de se requinquer. A Grenoble, on a du lourd avec le festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez (ouf !). Celui-là, le monde entier nous l’envie : un cadre magnifique, la présence de stars incontournables comme Franck Dubosc ou Michael Youn, des avants-premières en pagaille, des paillettes, du bling-bling, de la bonne humeur, une couverture médiatique indécente et même… la possibilité de croiser Michel Drucker en bas des pistes! Alléchant, non? Non…? Vous êtes sûr?! Je vois que mon lectorat a du goût, alors parlons plutôt d’un rendez-vous éminemment plus sympathique, le Festival des Maudits Films. Amateur(trice) éclairé(e) ou simple curieu(se)x, il y avait de quoi faire pour cette quatrième édition : du cinéma qui tâche, qui bouscule, qui rebute, qui étonne mais qui ne laisse jamais le spectateur indifférent. Florilège…

Jean Rollin

Excellente idée d’ouvrir le bal avec une soirée hommage à Jean Rollin, peut-être le seul réalisateur français ayant oeuvré dans le fantastique tout au long de sa carrière. Inlassablement vilipendé par la critique qui pense, il aura fallu quelques doux dingues comme Jean-Pierre Dionnet pour pointer les indéniables qualités de son cinéma et le sortir de l’indifférence générale. Comble de l’ironie et douce revanche, il eut même droit à une soirée spéciale à la sacro-sainte Cinémathèque Française en 2009. C’est sur le tournage de son dernier film, quelques mois à peine avant sa mort, que Damien Dupont et Yvan Pierre-Kaiser ont pu interviewer le réalisateur à loisir. Ils décidèrent d’en faire un documentaire et recueillirent les témoignages éclairés de ses acteurs fidèles, de Philippe Druillet, Jean-Pierre Bouyxou, de critiques français et étrangers. Que cela a dû être difficile de faire tenir 50 ans de carrière et près de 400 heures de rushs dans les 1h30 de Jean Rollin, le rêveur égaré ! Mais les familiers de l’auteur du Viol du vampire seront d’accord, le pari est réussit. En fin de projection, juste avant la diffusion du film Les démoniaques (1974), en 35mm s’il vous plaît, nous avons eu la chance de pouvoir bavarder avec les réalisateurs du documentaire et avec Simone Rollin, qui replaça savoureusement la légende dans une réalité plus terre à terre : pendant les périodes de dèche de son mari, c’est elle qui faisait bouillir la marmite avec son salaire d’enseignante.

Last Caress, de F. Gaillard et C. Robin

On peut s’étonner qu’un festival amoureux de la pellicule organise plusieurs séances autour d’un éditeur de DVD. Ce serait méconnaître la réalité commerciale du cinéma de genre. Principal pourvoyeur des cinémas de quartiers jusqu’au milieu des années 70, il peine de nos jours à attirer du monde en salle. Le « grand public » en quête de frissons préfère malheureusement plébisciter des franchises éculées comme Saw, ou ces films « minimalistes » à la Paranormal Activity – comprendre « qui n’ont pas coûté un rond mais vont en rapporter un maximum ». Et si quelques pépites parviennent tout de même jusqu’aux salles obscures, c’est avec une visibilité des plus réduite. L’amateur est obligé se tourner vers le marché de la vidéo qui, en plus de proposer pas mal de classiques, assure la sortie des nouveautés américaines et asiatiques. Mais c’est un marché en crise et après quelques déconvenues, les gros éditeurs français ne prennent quasiment plus de risques commerciaux. Heureusement, des micro-éditeurs comme Le Chat qui Fume sont là, toujours à l’affût de pelloches improbables et/ou injustement oubliées. Les « maudits festivaliers » que nous sommes ont ainsi pu découvrir l’excellent La brune et moi, film quasi-documentaire réalisé en 1980 par Philippe Puicouyoul autour de la vague punk-rock parisienne, ou le totalement déjanté Forbidden zone, sorte d’Alice aux pays des merveilles sous acide concocté par Richard Elfman et mis en musique par son frère Danny, période Oingo Boingo. Mais l’implication du Chat va plus loin : les bénéfices générés par la société 1 sont ré-injectées dans des productions locales