Le blues du critique (épisode 5)

hellboySuper-cinéphile, le retour…

Posons-nous aujourd’hui une question essentielle : Le film de super-héros moderne est-il soluble dans la cinéphilie – et vice-versa  ? Comme dirait Pierre Desproges  : «  C’est dur…  »…
Il y a une vingtaine d’années, il restait un peu de place pour une opinion politique, une ambition artistique ou même… des rapports intimes entre une belle plante et un canard – Vous aurez reconnu dans l’ordre le vénéneux Darkman de Sam Raimi, le fabuleux Batman le défi de Tim Burton et l’improbable Howard the duck de Willard Huyck. Mais qu’en est-il aujourd’hui, avec l’augmentation exponentielle des budgets, les studios qui visent une rentabilité immédiate et l’insidieuse auto-censure qui ronge Hollywood ? Les rares courageux qui tentent d’insuffler un semblant de quelque chose dans leurs blockbusters se retrouvent soit broyés par le système comme Sam Raimi avec sa trilogie Spider-man, soit obligés de filouter comme Christopher Nolan – le succès du formaté Batman begins lui a permis d’accoucher «  sereinement  » du très beau The Dark Knight. Reste le cas Guillermo Del Toro, avec Blade 2 et le diptyque Hellboy. En choisissant  d’adapter des personnages moins connus du grand public, nettement plus sombres et en acceptant une baisse conséquente de financement, le réalisateur mexicain est parvenu à garder le contrôle de ses films. Mais vu l’énergie qu’il y a consacré, nous ne sommes pas près de voir débarquer le troisième volet des aventures du démon rouge félinophile dévoreur de pancakes.

The-dark-knightLa génération de cinéphiles qui, comme moi, a grandi dans les années 80 s’étrangle de frustration devant les blockbusters aseptisés et interchangeables qui polluent nos écrans. Et pour cause  : lorsqu’on a été biberonné aux deux premiers Indiana Jones, à L’empire contre attaque, aux Terminators de James Cameron et aux Gremlins de Joe Dante, impossible de comprendre l’engouement autour des nullissimes Transformers et autres Benjamin Gates. Sans parler des dérapages incontrôlés de Steven Spielberg et George Lucas. C’est que, vous comprenez, on ne peut plus prendre le risque de choquer les enfants. Le problème est le même pour nos super-héros, en particulier chez Marvel Studio. Mais comment ont-ils osé saloper un personnage aussi cinégénique que Wolverine – Serval, pour les nostalgiques de Spécial Strange ? S’il s’en tirait plutôt bien sous la houlette de Bryan Synger dans les deux premiers X-Men, le troisième volet de la saga et surtout le pitoyable X-Men origins  : Wolverine réussirent l’exploit de ruiner la crédibilité du mutant griffu. Tout ça pour ratisser plus large en évitant une classification pénalisante. Fort heureusement, suivant la voie ouverte par Tim Burton en 1989, Christopher Nolan a réussi à imposer un réalisme désespérée et une ambiance poisseuse sur sa trilogie Batman. Un choix payant en regard des recettes mirobolantes de la franchise.

the-avengersQu’attendre d’un film de super-héros aujourd’hui  ? Laissons de côté les relectures post-modernes que sont le génial Defendor ou le plutôt sympathique (quoique bien édulcoré par rapport au matériau de base) Kick-ass. Comme évoqué plus haut, ne rêvons pas, il n’y a plus vraiment de place pour la subversion dans les productions mainstream. Restent deux choses capables de titiller nos penchants régressifs  : le grand spectacle, et la narration. On imagine mal Marvel ou DC rater les incontournables morceaux de bravoure, facilités par les progrès techniques et les budgets pharaoniques. Pour les histoires, pas de problèmes  : généralement édités depuis plusieurs décennies, les comics regorgent de personnages secondaires et d’arcs narratifs passionnants. Mais une bonne histoire ne suffit pas  : encore faut-il bien la raconter. C’est là le coup de génie de la Marvel  : faire appel à Joss Whedon, showrunner d’exception dont les séries télévisées ont  marqué celles et ceux qui s’y sont laissé prendre 1. Pour deux raisons principalement  : le bonhomme aime ses personnages – et leurs interprètes –, et il respecte toujours son public. Le voici donc en charge d’un des projets hollywoodien les plus casse-gueule de 2012, réunir dans un même film Iron Man, Hulk, Thor et leurs petits camarades. Et il s’en sort bien le bougre, car dans The Avengers, chacun(e) trouve sa place, non seulement par rapport aux autres, mais surtout par rapport à une intrigue qui, à défaut de révolutionner le genre, n’en demeure pas moins  sacrément efficace. Et comme le public à suivi, le créateur de Buffy va coordonner les futurs productions Marvel jusqu’à Avengers 2 qu’il réalisera lui-même. Alors oui, c’est régressif, un peu vain et honteusement coûteux, mais en terme de jouissance, quel pied  ! L’avenir chez l’éternel rival DC semble un peu plus compliqué. Entre le nouveau Superman de Zack «  beark  » Snyder, le reboot imminent de Batman histoire de ne pas laisser filer des droits juteux 2 et la mise en place chaotique du projet Justice League – leur Avengers à eux –, ils essayent tant bien que mal de suivre la cadence infernale imposée par la concurrence. En priant pour que Christopher Nolan accepte de superviser tout ça – et ce n’est pas gagné.
Les super-héros ont le vent en poupe et n’ont pas fini de squatter nos salles obscures. On peut toujours espérer un film capable de mettre tout le monde d’accord, mais j’en doute sincèrement. Je rêve que The Wolverine : le combat de l’immortel réalisé par James Mangold – les très bons Copland et 3h10 pour Yuma – ou X-Men  : Days of futur past me fassent mentir, qu’ils se montrent digne des histoires imaginées par Chris Claremont et dessinées par Frank Miller et John Byrne, qu’ils réconcilient enfin l’adolescent attardé dévoreur de comics que j’étais et le cinéphile intégriste que je suis aujourd’hui… Oui, on peut rêver…

1 Buffy contre les vampires, Angel, les éphémères Firefly et Dollhouse, et bientôt une nouvelle autour du S.H.I.E.L.D. de Marvel…

2
Sony a fait la même en développant The Amazing Spider-man sur les cendres encore fumantes du calamiteux Spider-man 3.

2 commentaires

  1. Personnellement, a part Watchmen, je ne voyais rien à sauver dans les films de super-héros sortis ces 5 dernières années. Ils sont au mieux sympathiques (The Avengers) au pire affligeant (Batman de Nolan y compris). Mais voilà que je découvre grâce à ce billet Defendor et Kick-Ass que je vais m’empresser de me procurer. Merci !

    • De rien! Defendor est une petite merveille malheureusement passée inaperçue, mais c’est plus une réflexion sur le mythe du super-héros, sa perception et sa représentation dans la société américaine réelle. Kick-ass, adapté d’un excellent comics, est son pendant « geek » (je hais ce mot!).C’est sympa, mais encore une fois un ton en dessous de la version papier, qui va beaucoup plus loin sur ce sujet.

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